S : En se promenant sur une plage magnifique, j’ai pu voir des centaines de sac en plastique, de bouteilles en pet et de centaines d’autres matières giser un peu partout. Les seules plages exemptes de détritus en tous genres appartiennent à des étrangers, comme celle du Danois où nous avons passé la journée d’hier… et c’est moi qui ai pollué en perdant mes lunettes dans la mer ! Ou encore il s’agit de plages « écologiques », en un ou deux point de la côte brésilienne où la population a été drillée depuis des années et qui a remarqué que les efforts qu’elle faisait lui rapportait des bénéfices via le tourisme.
En bref, nous marchons sur la plage déserte. Cocotiers, petits crabes qui fuyent sous nos pas, eaux turquoises et… détritus partout. En Suisse, je prendrais un sac poubelle et me baisserais pour les ramasser mais ici non. Pourquoi ?
D’après des brésiliens sensibles à la question de l’écologie, cela ne sert à rien. Le peuple brésilien en entier n’a aucune conscience qu’il ne faut pas jeter sa boîte de Guarana ou de Coca par la fenêtre du bus lorsqu’il l’a finie ou qu’il ne faut pas jeter ses vieilles Havaianas (nu-pieds) dans son jardin. Il ne sait pas que cela pollue. C’est une question politique. Personne ne leur a jamais dit cela à l’école (pour la majorité de ceux qui y vont). Les parents ne peuvent donc pas expliquer à leurs enfants de ne pas jeter les déchets dans la rue, ils le font eux-mêmes !!!
Je reviens à ma question de tout à l’heure. Pourquoi ne pas ramasser ces déchets ? Même s’il ne s’agirait que d’une goutte d’eau, ce serait déjà cela, non ?
Non. Car une fois que nous revenons au village, nous ne pouvons pas mettre nos cornets dans une poubelle publique, il n’y en a pas. Et lorsqu’il y en a, c’est pour être transportée dans un terrain vague un peu plus loin et être jetée là. Personne ne se demande « Et après ? ».
JC : en fait on le fait quand même, de ramasser des détritus. Nos conditionnements de Suisses seraient-ils trop puissants ? Notre culpabilité à nous retrouver sur une plage de sable fin alors que nos congénères sont sous la neige, serait-elle trop forte ? Peut-être. Pour moi, cela reste utile de ramener les déchets depuis la plage. Si possible de façon ostensible. Précisément pour que cela se voit. De façon à créer la surprise, l’interrogation et peut-être… une réflexion, une prise de conscience et pourquoi pas… un changement. Ici donc, on ne rêve pas de plage au sable fin et cocotiers, mais de plage au sable fin et cocotiers sans détritus !
S : Oui, c’est vrai. On s’est baissé quelques fois et on a mis ça dans la poubelle du Danois. Parce qu’il y avait des Brésiliens un peu plus loin. Mais seul sur la plage, on arrive pas à le faire parce que le sentiment d’inutilité du simple geste de ramasser les ordures est trop grand. Pourtant, je suis sûre qu’on peut faire qqch. Je pense par exemple à écrire à Lula ou au département de l’environnement. Là aussi, c’est une goutte d’eau, mais si beaucoup de personnes font ça, la prise de conscience indispensable sera sans doute un peu plus rapide. Cette prise de conscience viendra. J’en suis sûre. Presque chaque jour, il y a un article dans la « Gazeta de Alagoas » selon laquelle des touristes s’insurgent de la pollution.
J’y vois le début du changement.
JC : Après discussion avec Ada (la tenancière de la Pousada), depuis plus de 20 ans, des dizaines de projets auraient déjà vu le jour concernant l’éducation à la protection de l’environnement : sans succès. D’après elle, des demandes de placer des poubelles en ville n’auraient pas abouti, depuis plus de 20 ans. On ne lui a, depuis tout ce temps, pas répondu où étaient «traités » les déchets. Nous pensons que les déchets sont purement et simplement déposés quelque part dans la nature. Ada parle aussi du problème de corruption des autorités : dès que de l’argent arrive pour un projet d’éducation et environnement, celui-ci est détourné séance tenante. Déjà à l’époque du début de sa Pousada, il y a 20 ans, elle avait fait du théâtre avec les enfants et elle les éduquait à ramasser les ordures. Les locaux riaient. Il semble que cela ne débouchait sur … rien. D’après elle, il y a aussi un fossé culturel : lorsqu’elle invitait les enfants à ramasser les détritus, ceux-ci ramassaient les feuilles des arbres et les cailloux ! Pour eux les objets construits par l’homme (plastic, canettes, etc…) ne sont pas des détritus, puisqu’il a fallu dépenser de l’argent pour l’acheter.
Aujourd’hui Ada nous parle de son manque d’énergie, de temps (la pousada lui en prend beaucoup) et de sa démotivation concernant ce sujet. Elle envisage même de vendre sa Pousada, écoeurée qu’elle est par les projets des autorités concernant le développement du tourisme de masse (non intégré) sur toute la côte.
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